Quand le shoegaze rencontre l’hyperpop – essai sur deux éthiques musicales contraires.
Cet article a pour objectif de résoudre un problème éthique : la musique hyperpop peut-elle prêter ses traits à un genre aussi intègre et puriste que le shoegaze ? Et inversement, ce dernier peut-il s’inspirer d’un style qui fait autant l’éloge du simulacre que l’hyperpop ? La réponse à cette question sera un grand oui, claquant et sonore, qui aura une allure militante, comme un manifeste pour libérer le shoegaze et ses auditeur.rice.s de leurs chaînes : car il faut que la prochaine décennie soit celle de l’hypergaze.
Mais attendez… le « shou-quoi ? », « l’hyper-quoi ? ». Avant de nous la jouer à la Emile Zola, un petit rembobinage au stylo bic de nos cassettes audio s’impose.
Cet article a été publié pour la première fois dans le recueil Résonance_s sorti le 6 décembre 2025.
Image de couverture : Yeule, pour la sortie de son single Eko (2024).
1. L’éthique de l’authenticité contre celle du simulacre
Qu’est-ce que le shoegaze ?
Si je devais décrire le shoegaze pour celles et ceux qui ne connaitraient pas encore ce style de rock né à l’aube des années 90 au Royaume-Uni, je dirais (de manière assez subjective) que c’est l’expression brutale et éperdue de la mélancolie amoureuse de la jeunesse introvertie de l’époque. Le shoegaze, c’est une quête d’idéal de tendresse et de sentiments sincères, à une époque marquée par le triomphe des apparences, de la télévision et des émotions factices. Plus concrètement, on reconnait du shoegaze à l’utilisation souvent frontale du phénomène acoustique du mur de son, rendu possible par la démocratisation à cette époque des pédales d’effet de guitare. Aux émotions extrêmes, sonorités extrêmes : ce mur de son continu typique du shoegaze émerge d’une surabondance de deux effets : la reverb, qui dessine des nappes sonores angéliques ; et la distorsion, qui engendre une saturation extrême des bandes audio (et de nos émotions au passage).
Pourquoi ce nom-là ? Le shoegaze a été nommé ainsi par des journalistes qui critiquaient ce nouveau style qu’ils ne trouvaient pas du tout cool, visuel, ou disons fashionable. Ils le trouvaient ringard ! Et pour cause : les musicien.ne.s de shoegaze ont tellement de pédales d’effets, qu’ils passent leur temps en concert à contempler (to gaze) leurs chaussures (shoes). Même si leurs godasses n’étaient pas à la mode, la qualité musicale du shoegaze réussit à s’imposer dans l’histoire de la musique. Le terme est alors récupéré et brandi comme un étendard, comme pour revendiquer ce qui était au départ honteux, à savoir : faire de la musique sans se soucier de l’image que l’on renvoie, en se concentrant uniquement sur les compositions et la qualité sonore.
Dans le shoegaze, donc, il s’agit de ne pas jouer de rôle, ni de se mettre en scène plus que cela ; il s’agit d’être soi-même et de se concentrer sur l’expression d’émotions musicales véritables. Le shoegaze implique donc un certain comportement, une certaine éthique : celle de l’authenticité musicale. Les musicien.ne.s de shoegaze doivent être authentiques, être soi-même sur scène, se concentrer uniquement sur la musicalité, afin d’exprimer des émotions sincères, sans exagération ni simulation.
Cette éthique de l’authenticité est très bien formulée dans notre interview du groupe shoegaze bordelais Cosmopaark, pour qui, ce genre musical, c’est « avant tout une démarche honnête« . Elle est encore parfaitement illustrée dans cette planche du bédéiste français David Snug :

Cinq morceaux classiques du shoegaze :
- Alison, Slowdive
- Only Shallow, My Bloody Valentine
- Leave Them All Behind, Ride
- Rave Down, Swervedriver
- Kick The Tragedy, Drop Nineteens
Et une petite playlist shoegaze…
Et l’hyperpop ?
Vingt ans plus tard, c’est sur les mêmes terres britanniques, à Londres (et pourtant à des années-lumière de l’esthétique shoegaze) que nait l’une des dernières avant-gardes musicales qui ait existé à l’heure actuelle : la musique hyperpop.
En 2013, les musicien.ne.s britanniques SOPHIE et Alexander Guy Cook (surnommé A. G. Cook) se rencontrent grâce à leur goût quelque peu éhonté pour la pop commerciale des années 2000, comme celle de Madonna ou de Britney Spears. L’idée du label PC Music que ce dernier fonde en 2013 ? Galvaniser notamment grâce à internet des projets musicaux qui exagèrent à outrance les codes qui façonnent toutes ces musiques mainstream qu’iels adorent. Et ainsi naît la démarche hyperpop : exagérer à l’extrême tous les codes de la musique mainstream. Ces musiques n’ont pas de production sonore commerciale, elles ont une production sonore exagérément commerciale. Les effets de correction sont exacerbés : l’autotune devient ostentatoire ; les voix sont pitchées à l’extrême dans les aigus (on parle de « baby voices »)… Chaque chose qu’un puriste de la musique pourrait considérer (à tort) comme non-musical (l’univers visuel, l’attitude, la mise en scène des musicien.ne.s, le storytelling et l’entertainment…) est poussée à l’extrême : les visuels de l’hyperpop sont archi-colorés, édulcorés, comme des bonbons sucrés. Le maquillage et les costumes sont extravagants… En un mot : l’esthétique hyperpop est kitsch. Tout ce qui devait être jugé « ringard » par certains indie kids londoniens devient, ici, hyperbolique, ostentatoire et sublime.
Exagérément séduisant et catchy, le morceau hyperpop a un format parfois très court, moins de deux minutes, afin qu’il puisse devenir viral et buzzer sur les réseaux. Propulsée par PC Music, l’hyperpop prolifère rapidement sur internet, dont elle imite et exacerbe ainsi les codes. A l’image de l’événement qui va mener à la seconde naissance du genre en 2020 : lorsque les Etasunien.ne.s de 100 gecs performent lors d’un festival virtuel en ligne, dans le jeu vidéo Minecraft, pendant le confinement. On le voit alors : l’hyperpop existe par et pour internet. Le nom de scène de Charli XCX, par exemple, était en réalité son pseudo sur MSN lorsque la musicienne était ado. Enfin, une autre caractéristique essentielle de cette avant-garde est l’hybridité stylistique, qui, là encore, est à l’image de l’absence de filtrage et du décloisonnement des styles sur internet, où l’on peut passer en trois clics d’un genre opposé à l’autre. Les artistes prennent plaisir à déjouer nos attentes en mélangeant de l’hyper commercial avec des styles underground ou plus exigeants, comme de la musique électronique, du rock, mais aussi du rap, du reggaeton…
Bref, dans l’hyperpop, tout est un assemblage de simulacres. L’hyperpop, c’est la mort de l’authenticité, mais c’est aussi la fête qui en découle : l’exaltation qui résulte du fait de pouvoir devenir ce que l’on veut ; la jouissance qui naît de pouvoir devenir « autre », de jouer n’importe quel rôle, n’importe quelle comédie, de se travestir, de simuler, et, le temps d’une musique, de devenir que l’on interprète. Ces musiques communiquent une joie carnavalesque de pouvoir jouir d’une identité non pas fixe et immuable (morte ?), mais multiple, changeante, fluide et vivante. Comme le résume magistralement SOPHIE dans son tube Immaterial, « I can be anything I want » : l’hyperpop célèbre l’identité post-moderne, décloisonnée, multiple et déconstruite ; la joie de pouvoir être ce que l’on veut. Geeks, freaks, no-life, squares, personnes non-binaires… Toutes les formes d’identités – surtout celles qui sont marginalisées et silenciées – deviennent l’occasion d’une fête que d’aucuns qualifieraient de dionysiaque.
Cinq morceaux classiques d’hyperpop :
- Immaterial, SOPHIE
- Faceshopping, SOPHIE
- Dumbest Girl Alive, 100 gecs
- Money on a Gold Plate, A.G. Cook
- Ok im cool, Quinn
Et une petite playlist hyperpop…
2. Shoegaze 2.0 – caractéristiques de l’hypergaze
Tout semble donc porter à croire que shoegaze et hyperpop s’opposent. Et pourtant… A l’image de 100 gecs, qui a réussi à hybrider rock garage et hyperpop dans une sorte d’hyperrock, je me suis récemment posé une question : pourrait-il y avoir un équivalent à partir du shoegaze ? Un mélange de shoegaze et d’hyperpop : de l’hypergaze ? C’est-à-dire du shoegaze qui aurait une tendance à l’exagération, à la célébration du simulacre, à l’hybridation hardcore des genres, ouvrant sur une esthétique post-internet ? Le shoegaze et son purisme du sentiment est-il seulement capable de s’ouvrir à l’expression d’une éthique du simulacre, à exprimer et célébrer cette identité post-moderne hybride, fluide et hyperconnectée qui nous façonne aujourd’hui ?
Il existe bel et bien selon moi des projets actuels de shoegaze qui y parviennent. J’ai découvert ce que j’estime être le morceau le plus emblématique de l’hypergaze l’année dernière, en 2024, en tombant dessus par hasard (enfin, au hasard des algorithmes !) après l’écoute d’un morceau hyperpop/rock que venait de publier un ami[1]. Il s’agit de I’m not (2023) de l’Etasunien sodistilled, qui, à ce moment-là, débutait à peine, mais était en pleine ascension algorithmique.
Ce sur ce quoi je tombais était inouï. C’était à coup sûr du shoegaze (les guitares reverbérées et saturées ne démentaient pas), mais quelque peu… différent. J’avais en fait vaguement l’impression d’entendre un remix de Slowdive par SOPHIE. La rythmique du morceau y est en effet assez étrange : les grosses caisses et les lignes de basse, très saccadées et décousues, créent un effet vertigineux qui peut rappeler une sorte de dubstep. La guitare lead, très shoegaze, donne un effet angélique au titre, en sonnant en même temps assez numérique et trafiquée par ordinateur[2]. Mais surtout, c’est la voix qui étonne le plus : pitchée dans les aigus, et blindée d’autotune. Comme dans de l’hyperpop : c’est une authentique baby voice ! Je tombais des nues : c’était donc possible de faire de l’hypergaze, comme l’on pouvait faire de l’hyperrock.
J’ai ensuite découvert que certaines caractéristiques issues tantôt de l’hyperpop, tantôt de la digicore (style de pop expérimentale post-internet découlant de l’hyperpop avec moins d’exagération) étaient bel et bien partagées par de nombreux groupes. Voici donc les principales caractéristiques de l’hypergaze que j’ai pu trouver, et les projets qui en sont les pionniers.
Autotune & baby voices
De nombreux groupes de shoegaze actuels utilisent l’autotune, non comme une correction, comme nous le disions, mais comme un effet musical (au même titre que la distorsion ou l’effet reverb). Ici, il convient de citer en premier l’étasunien.ne Quannnic, qui a été pionnier.ère à utiliser de l’autotune dans du shoegaze. Ce.tte artiste est en effet parti.e d’une hyperpop/digicore (Replica, 2021) pour évoluer vers le shoegaze tout en maintenant l’autotune sur ON. Et jackpot, c’est à ce moment-là, avec son morceau life imitates life (2022) qu’iel crée le buzz sur Tik Tok et perce réellement.
Cette bombe hypergaze a vite fait des émules. Parmi tous les groupes qui se sont ensuite approprié l’effet de correction vocale et ont suivi le sillage de Quannnic que j’ai pu repérer, on retrouve les comparses de sodistilled, comme vampireisthatyou, Pinkwoodz, bbdalena mais aussi Novulent, Scarlet House et bien d’autres. Autre projet que j’ai pu dénicher qui, à mon avis, brille particulièrement par son usage de l’autotune dans l’expression des introversions propres au shoegaze, c’est l’Espagnol eien, avec son morceau bien-nommé Melancholy (2023).
Hybridations musicales
Autre trait en partage avec l’hyperpop : l’hybridation stylistique. Déjà, en tant que tel, l’autotune ne vient pas du shoegaze ni du rock, mais a bien été popularisé par le cloudrap, le reggaeton et l’hyperpop [3]. Utiliser cet effet dans du shoegaze, c’est déjà une subversion du genre. Mais chez certains groupes, cela va plus loin encore.
L’hybridation qui semble la plus fréquente dans l’hypergaze est le mélange avec le nu-metal[4]. C’est le cas pour sodistilled (comme sur Piece of Mind, 2023) et pour les groupes de sa scène que nous avons déjà cités, qui mélangent tous du shoegaze, des éléments de rap et des riffs de métal. On peut encore citer ici l’étasunien Dylan Lotus qui rappe sur tous ses morceaux (comme contact, 2024) et troque souvent les batteries contre des beats de trap. Une autre hybridation fréquente existe aussi avec la musique électronique. Le groupe indonésien Ftlframe, fait jouer des guitares rêveuses sur des beats de drum and bass (Flee, 2024).
Le shoegaze de Midrift s’est aussi essayé à ce style sur son morceau éponyme de 2022. D’autres groupes incorporent des éléments hyper-digitaux et numériques comme les Etasunien.ne.s de Full Body 2 et leur shoegaze du futur à l’arrière-goût de science-fiction.
Depuis 2020, le groupe français Tapeworms évolue d’un shoegaze plutôt classique à un cyber-shoegaze, en prêtant à sa musique des sonorités digitales qui semblent sortir tout droit du circuit étoile de Mario Kart ou d’un game center japonais (Safety Crash, 2020).
Originaire de Singapour, Yeule est un.e artiste aux styles très variés, allant de l’hyperpop au glitchcore et à l’indie rock, qui a sorti un album de shoegaze (softscars, 2023) forcément hybride, où les guitares s’entremêlent aux sons électroniques, à des chants pop, et à des structures expérimentales.
Plus rarement, on retrouve parfois des éléments de math-rock (gingerbee, raindrops, 2022) ou de black métal (Five Pebbles, down softly, 2021).
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Comme l’hyperpop, l’hypergaze s’accompagne de la culture d’internet, numérique ou vidéoludique. Beaucoup des visuels utilisés y font référence. L’artwork de l’album 2g ether (2022) de Full Body 2 est en 3D et évoque immanquablement un jeu vidéo ; tandis que raindrops de gingerbee est en pixel art. Par ailleurs, la culture pop japonaise n’influence pas uniquement Tapeworms, mais aussi Ftlframe, lequel s’entoure d’images de mangas et d’enregistrements de voix japonaises, ainsi que Five Pebbles ; instaurant une ambiance à la fois numérique et pop, voire une forme de naïveté qui est en partage avec l’hyperpop. On peut encore citer le groupe de Los Angeles, Julie dont le titre même de son morceau pg.4 a picture of three hedges (2022) montre une inspiration numérique – bien que le reste de sa discographie soit du shoegaze plus classique.
Cette « culture internet » impacte aussi les morceaux hypergaze jusque dans leurs formats : nombreux d’entre eux sont en effet taillés pour buzzer sur les réseaux : certains sont très courts, durant parfois moins de 2 minutes (I’m not de sodistilled, Slowing Down de Scarlet House). Ils sont en fait adaptés aux standards imposés par les algorithmes de Spotify qui mettent en avant les morceaux courts[5]. On reconnaît bien-là la volonté non-dissimulée de percer propre à l’hyperpop, de créer pour percer. Ce mécanisme virtuel joue sur la productivité même des artistes, qui est pour beaucoup très intense. Certains publient énormément, parachevant ainsi l’éthique DIY (« do it yourself ») propre au shoegaze des origines. Cette logique DIY, l’hypergaze semble même la pousser à l’extrême, car énormément de musicien.ne.s s’autoproduisent à domicile sur leurs PC sans passer par un studio professionnel[6]. Et cela s’entend : les instruments de l’hypergaze sont souvent eux-mêmes virtuels. L’usage de VST (« Virtual Studio Technology » : « technologie de studio virtuel ») est répandu. Nous pouvons citer ici le shoegaze du Coréen Parannoul[7] qui a confié à de multiples reprises et à la surprise générale n’utiliser que des VST pour créer ses morceaux. Il y a ainsi un son « bedroom » (enregistré dans sa chambre) qui plane souvent sur les morceaux hypergaze.
De l’amour exacerbé
Mais ce n’est pas tout. Certains morceaux versent bel et bien aussi dans l’exagération et le kitsch qui ont fait le succès de l’hyperpop. La scène nu-metal de l’hypergaze tout particulièrement : en exagérant les côtés emo/grunge et gangsta rap. Le maître en la matière est Pinkwoodz, avec ses pochettes qui pourraient très bien convenir à Buffy the vampire slayer (favorite girl, satisfy, 2024). Autre exemple kitsch chez cet artiste, on retrouve le label « parental advisory, explicit content » sur toutes ses pochettes ou presque. Gageons que le fait d’avoir imposé ce label n’est pas une contrainte légale, mais bien un choix volontaire, exactement comme l’artiste hyperpop[8] Babysolo33 le fait depuis la France (xoxo, 2024). Peut-être que toutes ces musiques sont en réalité hyper dangereuses après tout ! (Spoiler : non.)
Et si le shoegaze chantait le sentiment amoureux, l’hypergaze rend l’idéalisation de ce sentiment kitsch à souhait : Pinkwoodz commence plusieurs de ses morceaux par le même sample d’une voix gémissant « I miss you » (voir favorite girl et velvet skin, 2024). Dans touch (2024), il dit encore « tell me that your love is not a phase », renvoyant au cliché « it’s not a phase mom ! » bien connu de la culture emo, que les adolescents clament à leurs parents pour qu’ils arrêtent de mépriser leur mal-être. Il faut encore citer Lavender, un artiste français, qui, de ses mots, fait de « l’emogaze » dans ses morceaux dans lesquels l’amour est exprimé de manière frontale et kitsch (DANS LE CŒUR, 2024).


3. Conclusion : jusqu’où l’hypergaze ira-t-il ?
Depuis le début des années 2010, on a vu apparaître un revival (un retour) du shoegaze dans les sphères du rock indépendant. Mais les années 2020 seront celles de l’hypergaze.
J’ai bien conscience que parmi les groupes cités, beaucoup sont très différents en termes de styles. Certains pratiquent l’exagération émo, d’autres non ; certains sont très hybrides, d’autres moins ; certains sont très digicore, d’autres moins… Ce qui peut regrouper tous ces groupes sous une seule étiquette, ce n’est pas un style qu’ils auraient tous en commun, mais c’est une attitude, ou plus précisément une éthique : une éthique hyper. Celle-là même qui est aussi à l’œuvre dans l’hyperpop et qui pousse à embrasser à fond la modernité sous toutes ses formes (ses outils, ses technologies, ses contradictions, ses faux semblants et même ses simulacres) plutôt que de la fuir en se réfugiant dans l’oreiller shoegaze de l’authenticité et de la sincérité absolue. C’est cela, l’hypergaze : une réponse positive du shoegaze face au monde moderne, et non plus un évitement ; une nouvelle éthique à l’œuvre dans le shoegaze.
« C’est cela, l’hypergaze : une réponse positive du shoegaze face au monde moderne, et non plus un évitement. »
Osons le dire : l’hypergaze, en tant que sous-genre du shoegaze, vient dé-scléroser un genre qui, malgré son revival, n’avait pas beaucoup évolué en trente ans d’existence. Il ouvre le shoegaze à un nouvel horizon expressif : celui de l’identité post-moderne, hyperconnectée, mais ayant un goût pour l’introspection (cela reste du shoegaze !). L’hypergaze fait une place à l’introspection dans le monde aride de l’internet, et, plutôt que de nous inciter à rejeter ce dernier et à nous réfugier hors du temps, il l’embrasse pour nous permettre de rêver à des espaces numériques meilleurs, apaisés, plus doux et moins violents, où les affects introspectifs peuvent exister.
Et pour la suite ? L’hypergaze s’hybridera-t-il avec d’autres styles musicaux ? Ira-t-il jusqu’à incorporer du reggaeton comme l’hyperpop ? Les baby voices, demeurant encore marginales dans le shoegaze, réussiront-elles à imposer leur beauté fragile ? Qu’adviendra-t-il de ce shoegaze 2.0 dans la deuxième moitié de la décennie ?
La playlist hypergaze :
[1] Pour les curieux.se.s : NOOOOO, Degenerat, 2024.
[2] J’ai découvert tout récemment que l’instrumentale de ce morceau était un type beat acheté par Sodistilled. Ce qui confirme encore davantage cette « mort de l’authenticité » à l’œuvre dans l’hypergaze.
[3] L’autotune a été utilisée en tant qu’effet musical pour la première fois dans la sphère mainstream avec le morceau disco-pop de Cher, Believe, en 1998.
[4] Type de rock alternatif populaire dans les années 90, caractérisé par un mélange de rock, de métal et de rap, et initié par Rage Against the Machine, Linkin Park, Deftones, Korn…
[5] Voir Radiofrance, « Streaming : le principal responsable des singles de plus en plus courts ? » publié en ligne le lundi 11 novembre 2019. https://www.radiofrance.fr/mouv/streaming-le-principal-responsable-des-singles-de-plus-en-plus-courts-2085482
[6] Plus que ça, comme nous l’avons vu dans une autre note, de nombreux groupes achètent également des type beat à un.e beatmaker.
[7] Voir interview de Parannoul « After the darkness » sur le blog Jellybones du 20 juillet 2024. https://www.jellybones.net/interviews/parannoul
[8] Mais aussi comme de nombreux groupes de rock, de gangsta rap, qui avaient déjà détourné ce logo pour le transformer paradoxalement en argument commercial. Voir sur ce sujet Rockrama « la folle histoire du sticker Parental Advisory » par Félix Lemaître, publié en ligne http://rockyrama.com/super-stylo-article/la-folle-histoire-du-sticker-parental-advisory

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